Michelle Cassaigne avait 17 ans au début de la seconde guerre mondiale. Elle vivait à Alger en Algérie. Elle devait s’occuper de sa mère qui avait des problèmes cardiaques. En même temps elle poursuivait des études au lycée puis à l’université de La Croix à Alger. Son père s’occupait des réparations et des dégâts dans la ville. A l’âge de 18 ans il avait vécu la première guerre mondiale dans la marine et plus particulièrement dans les sous-marins. La guerre ne leur était donc pas inconnue.

Comment avez-vous vécue cette guerre en tant que femme ? Quel était votre quotidien ?

J’avais 17 ans et mon quotidien était lié à la maladie de ma mère qui avait des problèmes cardiaques. Je m’occupais beaucoup d’elle. A Alger mes souvenirs sont liés au rationnement. La plupart des personnes étaient privées de nourritures, certains produits n’étaient plus disponibles comme le fromage. Parfois les gens mangeaient du chameau. Il y avait beaucoup de privations. Le plus dur était de ne plus nous sentir libre, nous n’étions plus libres de nos déplacements.  En même temps, nous étions éloignés de certaines informations sur le déroulement du quotidien en France. Durant la guerre, toute ma famille était en France et nous avions des nouvelles souvent tardives des événements par le biais de la croix rouge ou du cinéma qui diffusait des actualités avant la séance de film.

Dans mon lycée, il y avait des juifs avec des étoiles jaunes mais personne ne pouvait penser et imaginer ce que les nazis programmaient pour ces populations. A l’époque c’était impensable l’Extermination. On ne pouvait pas imaginer une telle horreur, jusqu’où la haine pouvait mener. Un jour ils ne sont plus revenus, il se disait qu’ils avaient été conduit dans des camps mais je ne sais pas où.

Après la guerre, est-ce que votre place en tant que femme a évolué au sein de votre famille ? Avez-vous senti un changement ?

Jeune, j’avais un caractère assez indépendant, j’écoutais mes parents bien sûr mais j’avais des idées bien précises. A la fin de la guerre je me suis mariée et je me suis installée à Bordeaux, puis j’ai eu deux enfants et je m’en suis occupée. J’avais une formation culturelle et je donnais des leçons de français et de latin.

L’évolution la plus importante pour moi et ma période la plus heureuse, a été durant les années 60. Nous, les femmes, avons eu réellement la liberté de penser et la liberté de nous exprimer librement en dehors du cadre familial. En plus de cela, nous avons senti une égalité par rapport aux hommes car grâce aux nouvelles technologies (les machines en tout genre) nous avons été libérées de notre quotidien de femme au foyer et ainsi nous avons pu accéder à un travail comme eux. Après cela l’égalité de salaire est arrivée et nous avons eu davantage de libertés personnelles comme le choix de nous tenues vestimentaires. Les vêtements ont aussi marqué une évolution pour nous, il y avait plus de choix et nous pouvions nous affirmer. 

En revanche au sein du foyer, l’homme était le chef, il n’y a pas eu d’évolution au niveau des économies personnelles, c’est mon mari que gérait, c’est la vie !

 

Comment avez-vous vécue l’accès des femmes au droit de vote ?

J’étais jeune mais cela me tenait à cœur. J’ai été très heureuse que l’on me demande mon avis. Je pouvais exprimer mes opinions politiques librement. J’avais mon propre avis, j’écoutais les conversations masculines, j’écoutais la radio pour comprendre les sujets et les débats. Mon mari m’a toujours laissé libre de mes choix de vote.

 

Vous êtes-vous impliquée dans des actions civiques ?

Dans les années 70, j’ai participé à un congrès de mouvements féministes à Paris pour la journée de la femme. Il y avait de nombreuses femmes de différents pays et nous avons pu échanger sur leurs droits et mesurer la chance que nous avions en France car beaucoup de choses changeaient pour nous. J’ai beaucoup aimé ce moment. En revanche, je n’ai jamais participé à des manifestations féministes.

J’admirais  beaucoup Simone Veil car selon moi c’était une personne exceptionnelle, intelligente. Cette femme n’avait pas de violence en elle malgré son difficile passé. Elle avait un certain charisme et elle était pour nous un modèle.

 

Quelle image avez-vous des femmes aujourd’hui ? Pensez-vous qu’il y ait encore des progrès, des évolutions à parcourir concernant les droits des femmes ?

Les jeunes femmes d’aujourd’hui devraient davantage s’impliquer dans les problèmes du monde et s’intéresser à la politique. Elles devraient prendre conscience que beaucoup se sont battues pour obtenir des libertés et de nouvelles lois qui nous protègent. En effet, j’aurais aimé avoir la contraception et le droit à l’IVG à mon époque car je vois bien que cela a été une bonne chose pour certaines femmes et cela a facilité leur vie personnelle. C’était un grand progrès.

A cause du manque d’implication le monde me parait plus confus. Pourtant, je suis quand même confiante pour la vie future de ces jeunes filles car d’après moi les femmes s’adaptent mieux que les hommes aux situations. J’espère que vous vous battrez encore pour faire avancer de nouvelles lois sur l’égalité des salaires et les violences conjugales. Si j’ai un conseil à vous donner c’est de rester courageuse car comme l’écrivait Aragon puis Jean Ferrat «La femme est l’avenir de l’homme ».

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Diana Jessica Clémence