Jeanne Linot a 95 ans et résidait à Marmande avec son époux, Didier, qui était néracais.

 

Pouvez-vous nous raconter votre jeunesse ?

Je vivais à Marmande qui était en zone libre durant la guerre et je me rends compte aujourd’hui que j’ai été épargnée en quelques sorte. Je n’ai pas souffert de la faim, je n’ai pas vécu de traumatismes. J’ai vécu la guerre dans de bonnes conditions et cela a dû avoir des répercussions sur ma vie, sur ma façon d’être.

A l’âge de 15 ans j’étais déjà une jeune fille réfléchit avec des idées bien précises. Avec l’accord de ma mère j’ai décidé de quitter l’école car cela ne me convenait pas. Je suis allé travailler dans un magasin en plein centre-ville. J’ai été vendeuse pour subvenir aux besoins de ma mère qui était malade. A l’époque cela était logique de travailler à 15 ans car nous étions considérées comme adultes, en âge de se marier. Ensuite, j’ai travaillé dans l’entreprise de mon mari qui fabriquait des machines à écrire.

Avec ma mère et ma sœur nous étions très coquette c’était avant tout pour se plaire à soi-même. Mon   image était importante. J’aimais être élégante et mon mari y portait beaucoup d’attention même après 23 ans de mariage. A l’époque il fallait faire attention à ses biens, c’était important.

 

Est-ce que durant votre vie vous vous êtes senti libre en tant que femme ?

La liberté n’était pas la même qu’aujourd’hui. Mais mon mari me laissait certaines décisions, c’était une confiance mutuelle. C’était un mariage d’amour et nous étions complémentaires. En revanche, on ne parlait jamais de politique. Je lui donnais toute confiance et je suivais ses choix. L’actualité m’intéressait peu, j’accordais toute mon attention à ma famille et à mon travail. Nous prenions peu de vacances. Au début 8 jours par an puis 15 jours en été pour aller en famille au Pays Basque. Là, nous en profitions et j’étais très heureuse.

Ensuite, la liberté est aussi venue lorsque j’ai eu mon permis de conduire. Cela a été une révolution pour moi car j’ai pu être autonome, ne plus dépendre de quelqu’un pour mes déplacements.

 

Dans les années 60 et 70, il y a eu beaucoup d’avancées pour les femmes au niveau des droits personnels comme la contraception, l’avortement. Comment avez-vous perçu cela ?

La personnalité de Simone Veil a eu beaucoup d’impact sur nous les femmes. C’était une personne remarquable. Ces deux lois ont été très positives pour les femmes car aujourd’hui elles maîtrisent leur maternité.

J’ai dû accepter trois grossesses. Je devais continuer à travailler, c’était un peu une contrainte. Mon premier accouchement, sur la table de la cuisine, a été difficile et pénible. J’ai eu cependant la chance d’être aidée par le premier «  médecin accoucheur » de Marmande. Il m’avait donné un produit pour m’endormir. Même si j’aime de tout cœur mes trois enfants, lorsque j’ai appris que

j’étais enceinte du troisième, j’ai pleuré. Mes deux derniers n’avaient que 30 mois d’écart. En travaillant j’aurais aimé avoir le choix. Mon mari, mais les hommes en général, ne s’occupaient pas vraiment du quotidien des enfants. Il y avait tout de même une hiérarchie entre l’homme et la femme, nous n’avions pas les mêmes libertés et les mêmes obligations. C’était comme cela à l’époque !

 

Comment jugez-vous l’évolution du droit des femmes au XXe siècle ?

J’ai surtout vécu pour ma famille et mon travail mais je vois qu’il y a eu de bonnes choses. Je ne suis pas inquiète pour l’avenir des jeunes ni pour leur liberté. C’est le regard personnel de chacun sur sa vie. Il faut prendre le temps de réfléchir à nos choix, à ce que l’on veut, comment bien choisir son futur mari. Cependant, il ne faut pas abuser de ces libertés.

 

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Justine, Laurie et Typhanie